Katyn

Le Drame de Katyń

Le mercredi 26 mai 2010, à 20H30, avait lieu, à l’espace culturel de l’Université d’Angers,la projection du film d’Andrzej Wajda « Katyn », suivie d’une conférence débat animéepar M. Jacek Rewerski, Cette projection avait été organisée par notre association en collaborationavec  la Direction culturelle de l’Université d’Angers et l’Institut polonais.Cette projection a été un succès, la salle ayant fait le plein de spectateurs.

Ce film prend une double dimension tragique, à la suite du crash de l’avion présidentiel polonais qui s’apprêtait à atterrir à Smolensk pour permettre à ses passagers d’assister à une commémoration du drame de Katyn.

Dans le prolongement de la projection de ce film et du rappel par Jacek Rewerski des circonstances de ce drame lors de la conférence-débat qui s’en est suivi, voici le début d'un chapitre sur Katyn faisant partie d’un livre sur la Pologne écrit par M. Rewerski et dont on espère qu’un éditeur voudra bien le publier. Pour la lecture complète de ce chapitre, il vous appartiendra d'ouvrir le pdf figurant après l'article.

 Katyń, le massacre dans la forêt

 Le 30 juillet 1941, après l'invasion de l'Union Soviétique par Hitler, Molotov, ministre des affaires étrangères de Staline dit à von Schulenberg, ambassadeur d’Hitler à Moscou : « Nous n’avons pas mérité cela. ». Staline est anéanti par la trahison de son partenaire. Par la force des choses, il se retrouve dans le camp des Alliés. Il rétablit même les relations diplomatiques avec la Pologne, signant avec le général Sikorski un accord sur la formation d’une armée polonaise sur le territoire soviétique et acceptant l’amnistie de tous les prisonniers polonais détenus en Union Soviétique.

Le commandement de cette armée est confié au général W. Anders, tiré à l’occasion de sa prison de Lubianka à Moscou. Le recrutement se fait parmi le million et demi de Polonais déportés et internés dans les camps soviétiques après le 17 septembre 1939.

Avec ces rescapés, le général Anders forme une armée. Pour la rendre opérationnelle, il a besoin d’officiers. Ceux-ci manquent à l’appel.
Sur quatorze généraux capturés par les Soviétiques en septembre 1939, seulement deux se sont présentés. En fait, il manque 15 000 cadres, dont 8 400 officiers. Anders récupère moins de la moitié de l’effectif du corps d’officiers de l’armée polonaise d’avant-guerre.
Où sont les autres? Le 3 décembre 1941, Sikorski pose cette question à Staline :

-    Où sont ces hommes ?

Staline répond :

Ils se sont enfuis en Mandchourie.

En avril 1943, les Allemands, qui occupent depuis 1941 les territoires occidentaux de l’URSS, découvrent dans la forêt de Katyń, à l’ouest de Smolensk, un charnier avec des milliers de corps empilés les uns sur les autres. Ils portent des uniformes d'officiers polonais et la trace de leur exécution : une balle dans la nuque. Radio-Berlin rend la découverte publique le 13 avril 1943 en accusant les Soviétiques.
Deux jours après, ceux-ci rejettent la faute sur les Allemands.

L’établissement de la date du massacre est primordial pour désigner le coupable. Les Soviétiques ont occupé cette région jusqu’à la fin de l’été 1941. Après quoi, elle est passée sous le contrôle des nazis. Les Allemands font appel à une commission d'enquête internationale. Celle-ci affirme que l’exécution date du printemps de l’année 1940. Un rapport clandestin de la Croix-Rouge polonaise aboutit à la même conclusion. Les Soviétiques nient violemment leur responsabilité.
Ils accusent les Allemands et rompent aussi tôt les relations diplomatiques avec le gouvernement polonais de Londres.

Révélant cette découverte au monde, les Allemands sèment le doute parmi les Alliés. Il y a donc plus criminel que le criminel ? Comprenant cependant que le maintien de l’alliance avec l'URSS est indispensable à la victoire alliée, Churchill et Roosevelt étouffent l'affaire.

Que cache cette forêt de Katyń ? Pourquoi une telle barbarie ?

Au delà du crime, Katyń est le symbole d’un calcul froid et d’une manipulation politique sans précédent.

En septembre 1939, l’Union soviétique envahit la Pologne, conformément aux accords signés avec Hitler. 230 000 officiers et soldats polonais sont faits prisonniers par l’Armée rouge. Certains simples soldats sont libérés, d’autres déportés en Sibérie, mais plus de 22 000 cadres restent détenus, notamment dans les camps de Starobielsk, Kozielsk et Ostachkov.

Pour désengorger les prisons, Beria, le chef du NKVD, propose, entre autre, dans une lettre confidentielle adressée à Staline et datée du 5 mars 1940, l’extermination massive des prisonniers de guerre polonais.

Staline, par la décision du 5 mars 1940 (794/B) ordonne alors la liquidation de 25 700 Polonais, « ennemis incorrigibles du pouvoir soviétique ».
L'ordre de Moscou était de supprimer toutes les élites polonaises :

1) étudiants, juges, propriétaires terriens, fonctionnaires, ingénieurs, professeurs,
anciens officiers polonais, fonctionnaires, propriétaires terriens, policiers, agents de renseignement, gendarmes, colons et détenus de droit commun ; avocats et, bien sûr, officiers.

2) ainsi que les cas des 11.000 personnes arrêtées qui se trouvent dans les prisons des régions occidentales de l’Ukraine et de la Biélorussie, membres de diverses organisations contre-révolutionnaires d’espionnage et de subversion, anciens propriétaires terriens, industriels, anciens officiers polonais, fonctionnaires et transfuges - à examiner selon la procédure spéciale, avec l’application à ceux-ci de la peine capitale, par fusillade.
(…)Signé :

Secrétaire du Comité central

J. Staline.

Transférés à Katyń, à Kharkov et à Kalinine, les militaires polonais sont exécutés d’une balle dans la nuque.
Certains sont achevés à coup de baïonnette. Staline entend ainsi détruire les élites polonaises pour empêcher la renaissance d’un État polonais souverain.